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Mirrah Foulkes - director portrait

Mirrah Foulkes

Avec Judy and Punch, Mirrah Foulkes transforme une tradition de marionnette populaire en cauchemar théâtral sur la violence conjugale, la vengeance et l'obscénité du spectacle collectif. Peu de premiers longs métrages affichent une telle netteté de ton. Foulkes comprend immédiatement que le grotesque n'est pas un détour pour adoucir la brutalité, mais une manière de l'exposer plus crûment encore. Le village, la troupe, la foule, le numéro répété jusqu'à l'usure, tout concourt à montrer un monde où la cruauté est déjà un divertissement socialement admis.

Cette compréhension du grotesque fait toute la singularité de son cinéma. Trop souvent, la noirceur satirique se contente d'une ironie surplombante. Foulkes, elle, met les mains dans la matière sale de la farce. Elle sait que le rire, dans certaines communautés, peut servir à sanctifier l'abus au lieu de le dénoncer. Judy and Punch ne se contente donc pas de raconter une histoire de revanche. Il examine le terrain culturel qui rend cette revanche nécessaire : un ordre patriarcal, cabotin, brutal, où la souffrance des femmes est convertie en attraction.

On pourrait la rattacher à une Horreur de conte noir, proche par endroits du théâtre forain, du folk grotesque et de la fable vénéneuse. Mais cette simple nomenclature ne suffit pas. Ce qui frappe chez Foulkes, c'est la précision avec laquelle elle fait tenir ensemble le baroque visuel et la rage politique. Le film ne tombe ni dans le slogan, ni dans l'exercice de style. Il conserve une énergie de jeu très forte, tout en laissant monter un dégoût moral parfaitement assumé.

Son sens du décor mérite qu'on s'y attarde. Le village n'est pas un simple cadre pittoresque. C'est une machine communautaire de surveillance, de cruauté et d'aveuglement. La poussière, la scène, les baraques, les regards collectifs composent un monde fermé sur ses habitudes, où l'on préfère préserver le rituel plutôt que reconnaître l'injustice. En cela, Foulkes rejoint une grande intuition du genre : le monstre n'est pas toujours celui qu'on désigne comme tel, mais l'ensemble des formes sociales qui rendent la violence ordinaire.

Il faut aussi souligner son rapport aux interprètes. Elle obtient d'eux un jeu assez ample pour porter la dimension théâtrale, mais jamais au point de vider les personnages de leur danger réel. Cette tenue est délicate. Trop appuyer le grotesque et le film devient posture. Trop psychologiser et il perd sa cruauté fabulaire. Foulkes tient la ligne avec une autorité remarquable.

On peut situer cette œuvre dans les Années 2010 et dans un moment où le cinéma anglophone a redécouvert les puissances du conte revu depuis la colère contemporaine. Mais là encore, l'important n'est pas seulement la tendance. C'est la manière. Foulkes ne s'abrite pas derrière un prestige de festival ou une allégorie mollement respectable. Elle accepte l'excès, la laideur, la densité physique des corps et des décors. Cela donne à son travail une vraie morsure.

Dans le cadre de CaSTV, Mirrah Foulkes compte donc comme une cinéaste capable de rappeler que l'horreur et la farce ont souvent les mêmes racines populaires, les mêmes scènes de foule, la même brutalité codifiée. Son cinéma regarde ces racines sans nostalgie, avec une colère stylisée mais jamais désamorcée. Le résultat est un monde de bois, de poussière et de spectacle où la violence ne se cache pas. Elle fait partie du numéro, et c'est précisément ce qui le rend si dérangeant.