Mike Clattenburg
Trailer Park Boys: The Movie donne à Mike Clattenburg son meilleur point d'entrée : un univers de marginaux canadiens, de combines minables, de loyautés tordues et d'échecs répétitifs, filmé avec une affection réelle mais jamais aveugle. Clattenburg comprend quelque chose de décisif sur la comédie populaire : elle ne vit pas seulement de gags, mais d'un monde cohérent, d'une langue, d'un rythme social, d'une manière de faire exister des perdants sans les sanctifier. Dans le cinéma canadien et la télévision du mockumentary des années 2000, son travail a laissé une empreinte très identifiable.
Ce qui distingue Clattenburg, c'est sa capacité à filmer l'échec comme un système de vie. Ses personnages ne ratent pas une fois. Ils habitent le ratage. Ils y ont développé des codes, des amitiés, des routines, des formes de fierté bancale. Cette persistance donne à son univers une profondeur inattendue. On rit des plans absurdes, des mauvaises décisions, des escalades ridicules. Mais on sent aussi que le monde économique et moral qui entoure ces personnages leur laisse peu d'autres espaces de dignité que ces petites stratégies dérisoires.
La forme pseudo-documentaire, chez lui, ne sert pas seulement à moderniser la comédie. Elle permet un type particulier de proximité. Le regard caméra, l'impression de captation immédiate, les apartés, les tremblements du cadre donnent aux personnages une possibilité d'auto-récit. Ils peuvent se justifier, mentir, se mettre en valeur, s'enfoncer eux-mêmes. Clattenburg comprend très bien que la comédie naît aussi de cet écart entre ce que les gens veulent faire croire et ce que le monde montre d'eux.
Il faut également souligner son rapport au lieu. Le trailer park n'est pas un simple décor pittoresque. C'est un microcosme social avec sa hiérarchie, ses frontières, ses rumeurs, ses économies minuscules et ses catastrophes quotidiennes. En cela, Clattenburg touche à quelque chose de profondément nord-américain : la précarité vécue à petite échelle, dans un voisinage où tout le monde se connaît trop bien. Ce territoire donne à son humour une épaisseur de classe qui évite la pure moquerie.
On pourrait croire que l'intérêt de son œuvre se limite à son potentiel de citation ou à sa culture de fans. Ce serait passer à côté de sa finesse. Clattenburg sait très bien doser la répétition, faire revenir les motifs sans les épuiser, transformer les mêmes défauts en nouvelles variations comiques. C'est une vraie compétence de metteur en scène et de constructeur de monde.
Il faut enfin voir que son univers n'est pas seulement sale, vulgaire et drôle. Il est aussi traversé d'une certaine mélancolie. Les personnages veulent rarement le grand rêve. Ils veulent survivre, se débrouiller, rester ensemble, garder un peu de contrôle sur une existence qui leur échappe souvent. Cette modestie des ambitions rend leur entêtement à la fois comique et touchant.
Pour CaSTV, Mike Clattenburg compte parce qu'il a su donner une forme durable à des figures que le cinéma et la télévision traitent d'ordinaire soit avec mépris, soit avec romantisme. Il choisit une troisième voie : la précision comique. Elle permet de montrer la bêtise sans effacer la tendresse, la pauvreté sans misérabilisme, la marginalité sans folklore. Son monde semble minuscule, mais il touche juste. C'est souvent dans ces échelles réduites que la comédie sociale devient la plus exacte.
