Len Wiseman
On entre chez Len Wiseman par Underworld, par ce bleu métallique du début des années 2000, par ces couloirs, ces manteaux de cuir et cette conviction que la guerre entre vampires et lycans pouvait devenir un opéra industriel. Wiseman appartient à un moment précis du cinéma américain: celui où l'imaginaire gothique passait par la logique du blockbuster, du clip et de l'architecture numérique. Son talent consiste à avoir donné à cette rencontre une netteté durable.
Rattaché aux États-Unis, il travaille un cinéma de studio qui n'a jamais eu peur de la mécanique. On lui reprochera parfois son goût pour la surface, comme si la surface ne pensait pas. C'est une erreur classique. Chez Wiseman, la surface est un système. Elle organise la circulation des corps, la hiérarchie des pouvoirs, la lisibilité de l'action et le statut même de la créature fantastique. Le vampire n'est plus seulement figure romantique. Il devient élément d'un monde stratifié, militarisé, codifié.
Le lien à CaSTV est évident, même si Wiseman penche souvent vers l'action autant que vers le horreur. Ce qu'il comprend admirablement, c'est qu'une mythologie horrifique peut survivre à sa transformation en machine de genre si l'univers garde une densité visuelle et un sérieux de ton. Underworld ne se moque jamais de ses propres créatures. Le film croit à sa nuit synthétique, à ses lignées, à ses trahisons, à sa violence chorégraphiée. Cette foi dans le dispositif donne à l'ensemble sa tenue.
Sa mise en scène privilégie la clarté agressive. Les trajectoires sont franches, les espaces sont dessinés pour l'affrontement, les armes ont une présence iconique. Cela peut sembler opposé à l'horreur classique de l'incertitude, mais c'est une autre logique de peur qui se joue ici: la peur d'un monde entièrement structuré par la guerre, où chaque couloir, chaque clan et chaque corps sont déjà pris dans un conflit plus ancien qu'eux. Wiseman filme des univers où l'histoire est devenue infrastructure.
On le voit aussi dans ses prolongements de franchise et dans sa manière d'aborder le spectacle contemporain. Il appartient à cette génération qui a compris le passage entre cinéma et culture vidéoludique sans renoncer complètement à la lisibilité cinématographique. Son sens du découpage, du design et de la silhouette lui a permis de marquer durablement une période où beaucoup de productions de studio se confondaient déjà. Chez lui, on retient des formes.
Sa circulation dans des événements populaires ou spécialisés, y compris du côté de Comic-Con comme grand théâtre de la culture de franchise, dit quelque chose de sa place: Wiseman n'est pas un auteur caché dans le système, mais un organisateur efficace d'images de genre à grande échelle. Cela ne l'empêche pas d'avoir une empreinte. L'empreinte est peut-être précisément celle d'une froideur assumée, d'un romantisme durci par la technologie et la tactique.
Pour CaSTV, Len Wiseman importe comme architecte d'un gothique post-millénaire. Son cinéma rappelle qu'après les ruines et les châteaux, l'horreur pouvait aussi trouver son terrain dans les parkings, les tunnels, les sièges corporatifs et les guerres secrètes gérées comme des multinationales de la mort.
