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Lee Won-suk - director portrait

Lee Won-suk

Il faut prendre Lee Won-suk par le biais de Killing Romance, cette comédie noire sud-coréenne qui ressemble à un cabaret sous amphétamines et finit par mordre férocement le spectacle lui-même. Le titre suffit à signaler le programme: rien de sage, rien de naturaliste, rien de soumis à une pure logique de genre. Lee Won-suk aime les objets instables, les surfaces brillantes qui cachent des rapports de pouvoir, les emballements formels qui laissent une trace acide.

Inscrit dans le contexte de la South Korea, il participe à une cinématographie qui a depuis longtemps compris qu'on pouvait passer du mélodrame à la satire, du thriller au burlesque, sans demander pardon. Mais son ton à lui est singulier. Là où d'autres privilégient la froideur du dispositif ou la précision du suspense, Lee Won-suk penche vers l'excès stylisé, vers une forme de délire pop qui ne renonce pourtant jamais à la cruauté. Les couleurs, les chansons, les postures de star, les décors trop beaux pour être honnêtes: tout cela sert à radiographier le mensonge du glamour.

Son rapport à l'horreur passe justement par cette corruption de la surface. Killing Romance n'est pas du horreur au sens strict, mais il touche à une vérité chère au genre: la maison de rêve peut être une prison, l'idylle médiatique peut être un théâtre de domination, et le ridicule peut devenir arme de survie. Lee Won-suk comprend que le grotesque n'est pas un simple registre comique. C'est un instrument de dévoilement. Quand le monde devient trop artificiel, seule une forme elle-même excessive peut en montrer la violence.

Ce goût du mélange fait de lui un cinéaste pleinement contemporain, très à l'aise dans les années 2020 où les frontières de ton se déplacent sans cesse. Mais il ne se contente pas d'empiler les registres. Il sait les orchestrer. Le kitsch chez lui n'est jamais une facilité ironique. Il est un matériau dramatique. Il faut qu'il soit poussé suffisamment loin pour que le rire se retourne, pour que l'éclat de couleur commence à sentir la suffocation.

Lee Won-suk se distingue aussi par sa manière de filmer la célébrité comme régime perceptif. Être vu, être exposé, être transformé en marchandise affective: ses récits savent que la scène médiatique ne produit pas seulement des icônes, mais des vulnérabilités très spécifiques. Le spectacle promet l'amour du public et organise simultanément l'humiliation, le contrôle et l'isolement. Cette intuition donne à son cinéma une dureté inattendue sous ses allures ludiques.

Un travail pareil trouve logiquement sa place dans des festivals attentifs aux formes hybrides, qu'il s'agisse de Busan ou d'autres espaces où le cinéma coréen contemporain montre sa capacité à réinventer les rapports entre industrie, auteur et culture populaire. Lee Won-suk y apparaît comme une figure du débordement contrôlé, de la mise en scène qui ose trop pour révéler juste.

Pour CaSTV, son intérêt tient à cette leçon de forme: l'exagération n'est pas le contraire de la lucidité. Chez Lee Won-suk, elle en est souvent la condition. Il faut pousser le monde jusqu'au music-hall délirant pour entendre la part de terreur qu'il contenait déjà.