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Larissa Sansour - director portrait

Larissa Sansour

Avec In Vitro, coréalisé avec Søren Lind, Larissa Sansour installe la Palestine dans un futur de science fiction crépusculaire où la mémoire, la reproduction et la catastrophe deviennent inséparables. Le geste est immédiatement singulier. Là où tant de représentations de la Palestine restent prisonnières du présent brûlant ou du registre documentaire, Sansour choisit l'anticipation, la stylisation et le dispositif spéculatif. Son œuvre affirme qu'une histoire coloniale peut aussi être pensée par la dystopie, le récit post catastrophe et l'image conceptuelle.

Cette orientation vient de son ancrage dans l'art contemporain autant que dans le cinéma. Sansour compose des films où chaque décor, chaque texture, chaque ligne d'horizon paraît pesée comme dans une installation. Mais ce contrôle plastique n'est jamais décoratif. Il sert à produire une tension entre beauté froide et désastre historique. Dans A Space Exodus, elle détourne l'imaginaire de la conquête spatiale pour le confronter à la question de l'exil et de la souveraineté. Le résultat tient à la fois de la blague acide, de la proposition politique et de la fable mélancolique.

On pourrait croire que ce type de travail relève d'une abstraction trop lisse. Ce serait manquer ce qui s'y joue vraiment. Chez Sansour, le futur n'efface pas la violence concrète de la dépossession. Il en prolonge les conséquences dans des formes nouvelles. Le bunker, le laboratoire, la capsule, l'espace clos, tous ces motifs disent quelque chose d'une vie historique comprimée, surveillée, reconduite sous d'autres régimes. Son cinéma travaille ainsi à l'intersection de la science-fiction et du cinéma palestinien, mais sans jamais se contenter d'illustrer une identité déjà stabilisée.

Ce qui frappe aussi, c'est son usage de l'allégorie. Beaucoup d'œuvres politiques y recourent faute de mieux, comme si le détour symbolique servait surtout à masquer un manque de forme. Chez Sansour, l'allégorie est une machine de pensée. Elle permet d'aborder la mémoire transmise, l'obsession de la continuité, la peur de l'effacement, sans rabattre ces questions sur une narration explicative. Les personnages semblent souvent pris dans des espaces mentaux autant que physiques. Ils ne représentent pas seulement une situation. Ils l'habitent comme un cauchemar très ordonné.

Cette dimension cauchemardesque est essentielle. Le monde de Sansour est lisse, géométrique, parfois presque clinique, mais il n'a rien d'apaisant. Au contraire, la perfection visuelle y devient suspecte. Elle sent l'enterrement propre, la survie administrée, le futur verrouillé. C'est là que son travail rejoint certains imaginaires du fantastique et de l'horreur froide, non par les effets de choc, mais par la sensation d'un monde qui a survécu au prix de son propre appauvrissement vital.

Dans les années 2010 et années 2020, cette approche a pris une importance particulière. Le cinéma mondial parle volontiers de dystopie, mais peu d'artistes en font un outil aussi rigoureux pour penser la colonisation, la mémoire et le contrôle narratif. Sansour comprend que dominer un territoire, c'est aussi dominer les images possibles de son avenir. Réinventer cet avenir à l'écran, même sur le mode sombre ou ironique, devient alors un acte de reprise symbolique.

Il faut enfin souligner la tenue de ses collaborations, notamment avec Lind, qui renforcent la cohérence de cet univers sans le figer. Leurs films donnent l'impression d'un laboratoire esthétique au sens noble, un lieu où l'idée, l'architecture, la texture sonore et la densité historique sont travaillées ensemble.

Larissa Sansour occupe ainsi une place rare : celle d'une artiste qui fait dialoguer art vidéo, fiction spéculative et mémoire palestinienne sans jamais sacrifier la complexité de l'un à l'autre. Son cinéma rappelle qu'un futur imaginé avec précision peut parfois parler du présent avec une violence plus nette que le témoignage frontal.

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