Karin Fisslthaler
Karin Fisslthaler porte un nom autrichien qui déplace l'horreur vers l'installation, l'image plastique, le corps recomposé et les zones où le cinéma cesse de raconter pour commencer à contaminer la perception. Son crédit dans le catalogue CaSTV doit être abordé par cette porte: non pas l'épouvante comme intrigue linéaire, mais comme expérience visuelle qui rend le familier étranger à lui-même.
Associée à une sensibilité de l'Autriche contemporaine, Fisslthaler évoque un territoire artistique où le corps, la performance, la vidéo et le montage peuvent produire une inquiétude aussi forte qu'un récit de fantôme. L'Autriche a souvent donné au cinéma des formes froides, précises, presque chirurgicales, où la violence se loge dans la distance. Quand cette rigueur rencontre l'horreur, elle ne cherche pas forcément le cri. Elle cherche la fissure dans la perception.
Le cinéma expérimental offre ici une clé plus juste que les catégories strictes du film de genre. L'expérimental ne signifie pas l'absence de peur. Il signifie que la peur peut venir de la texture même de l'image, d'un visage répété, d'un corps fragmenté, d'une coupe qui refuse la continuité rassurante, d'une couleur trop insistante. Fisslthaler se situe dans ce voisinage où le montage devient une opération presque anatomique.
Dans le cinéma d'horreur, cette approche a une importance particulière. Le genre a toujours eu une dimension plastique: masques, peaux, mutations, doubles, reflets, blessures. Mais le cinéma expérimental pousse ces motifs hors de la narration classique. Il ne demande pas seulement ce qui arrive au corps. Il demande ce qu'est un corps quand l'image le découpe, le répète, le transforme en motif ou en surface. L'effroi naît alors d'une perte d'évidence.
Le crédit unique de Karin Fisslthaler dans un catalogue d'horreur peut donc être lu comme une rencontre de frontières. Peut-être que l'oeuvre ne ressemble pas à un film d'épouvante au sens le plus attendu. Peut-être qu'elle ne propose ni monstre, ni poursuite, ni résolution. Mais elle participe à l'imaginaire horrifique si elle travaille la déformation, la présence, le trouble de l'identité, la sensation qu'une image nous regarde depuis un endroit mal stabilisé.
Les années 2000 et les décennies suivantes ont rendu ces passages plus visibles. Les festivals, les programmations hybrides et les plateformes spécialisées ont appris à rapprocher l'art vidéo du cinéma de genre, non pour les confondre, mais pour montrer leurs hantises communes. La peur n'appartient pas seulement aux récits populaires. Elle habite aussi les musées, les écrans multiples, les boucles, les archives détournées, les gestes de montage qui blessent le regard.
Fisslthaler mérite donc une notice qui accepte l'indiscipline de son territoire. Sa place sur CaSTV rappelle que l'horreur n'est pas une prison de codes, mais une intensité capable de traverser des formes très différentes. Elle peut se loger dans un film narratif comme dans une image fixe qui se répète jusqu'à devenir menaçante. Chez Karin Fisslthaler, l'effroi semble venir de cette transformation: le corps devient signe, le signe devient présence, et la présence finit par occuper l'espace comme une chose vivante.
