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Jimmy G. Pettigrew - director portrait

Jimmy G. Pettigrew

 Quebec, Canada

Chez Jimmy G. Pettigrew, le Québec ne sert pas de simple toile de fond pittoresque : il devient un terrain de friction où la série B, le goût du macabre et une forme de débrouillardise artisanale se rencontrent sans demander la permission. C'est cette énergie, très locale et pourtant immédiatement lisible pour quiconque aime le cinéma de Horreur, qui donne à sa filmographie de catalogue une allure particulière. On y sent moins l'ambition de fabriquer une machine parfaitement huilée que le désir de faire tenir, avec les moyens disponibles, un imaginaire du choc, du malaise et du plaisir pulp.

Pettigrew appartient à une tradition que le discours officiel sur le cinéma canadien laisse souvent de côté. On parle volontiers du prestige festivalier, de la gravité psychologique, du naturalisme social. Lui travaille plutôt dans l'ombre active d'un cinéma de marge, un cinéma qui accepte la rugosité des textures, l'inégalité des rythmes, les excès de ton, parce qu'il sait qu'une image un peu sale, un effet un peu brutal, un visage trop éclairé peuvent parfois produire une impression plus durable qu'une mise en scène policée. Vu depuis Canada, ce geste compte. Il rappelle que l'histoire du genre ne se résume pas aux grandes signatures reconnues, mais aussi à ceux qui maintiennent ouverte la possibilité d'un fantastique plus frondeur.

Ce qui frappe chez lui, c'est le rapport très concret à la fabrication. Ses films donnent souvent l'impression d'avoir été construits non pas contre leurs limites, mais avec elles. Là où d'autres chercheraient à dissimuler le budget, Pettigrew semble comprendre qu'un certain cinéma d'exploitation gagne à afficher son système nerveux. Le spectateur n'est pas invité à croire naïvement à une illusion parfaite. Il est invité à entrer dans un pacte. Ce pacte dit : voici un monde où la violence, l'étrangeté et le grotesque auront toujours une minute d'avance sur le bon goût. C'est une proposition honnête, et parfois plus stimulante que bien des produits supposément supérieurs.

Cette franchise esthétique l'inscrit dans une temporalité qui renvoie autant à l'héritage vidéo des Années 1980 qu'à la persistance, au tournant des Années 1990, d'une culture de vidéoclub où le titre, l'affiche et la promesse d'un choc comptaient autant que la consécration critique. Pettigrew travaille dans cette mémoire du rayon interdit, du film loué trop jeune, du bouche à oreille entre amateurs qui savent reconnaître un objet imparfait mais vivant. Son cinéma ne cherche pas à purifier le genre. Il lui rend au contraire sa dimension de terrain vague, de laboratoire instable, de plaisir coupable qui n'a pas besoin d'être absous pour exister.

Il faut aussi noter la manière dont cette approche déplace la question de l'identité québécoise. Dans un cadre plus institutionnel, le Québec filmé tend souvent à devenir signe culturel, décor de reconnaissance, matière à commentaire social explicite. Chez Pettigrew, l'appartenance régionale agit autrement. Elle imprime des accents, des surfaces, un rapport au quotidien, une sensation de proximité qui rendent l'irruption de l'horreur plus intéressante. Le familier n'y est jamais entièrement sécurisant. La banalité d'un lieu, d'un intérieur ou d'un échange peut basculer très vite vers le malaise. Cette modulation entre reconnaissance et contamination est au coeur de beaucoup de cinémas de genre solides, et Pettigrew la pratique sans lourdeur démonstrative.

On pourrait dire qu'il occupe une place modeste dans l'économie générale du fantastique nord-américain. Ce serait exact si l'on parle de visibilité. Ce serait insuffisant si l'on parle de fonction. Un cinéaste comme lui rappelle que le genre a besoin de ses artisans périphériques. Il a besoin de films qui ne visent pas d'abord la légitimité, mais l'impact. Il a besoin de zones moins surveillées où l'on peut encore tenter des alliages bizarres entre peur, humour noir, violence et enthousiasme de fan. Sans ces trajectoires, la cartographie du cinéma d'horreur devient trop propre, trop hiérarchisée, trop conforme aux récits de canon.

Lire Jimmy G. Pettigrew aujourd'hui, c'est donc le replacer dans une histoire du Cinéma canadien qui ne s'écrit pas seulement depuis les centres de prestige, mais aussi depuis les bords, les ateliers improvisés, les passions obstinées. Son nom n'appelle peut-être pas immédiatement la révérence académique. Il appelle mieux : une attention sérieuse portée aux formes mineures, aux économies fragiles, aux oeuvres qui avancent à découvert. Dans un paysage où l'horreur est souvent soit surproduite, soit trop consciente de son statut d'objet chic, Pettigrew garde la valeur d'un rappel salutaire. Le genre vit aussi grâce à celles et ceux qui préfèrent le risque de l'énergie brute à la sécurité d'une respectabilité sans morsure.