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Jim Sharman - director portrait

Jim Sharman

Avec The Rocky Horror Picture Show, Jim Sharman a donné au cinéma de genre l'un de ses objets les plus durables et les plus déviants: une comédie musicale gothique où le laboratoire, le château, l'extraterrestre et la performance sexuelle cessent d'être des motifs séparés pour former un carnaval total. Il faut partir de cette singularité absolue. Sharman ne travaille pas l'horreur pour produire la peur pure. Il l'utilise comme une scène de libération, de travestissement et de plaisir impur, là où les codes du monstre deviennent des invitations à la métamorphose.

Ce geste reste décisif parce qu'il relit toute une tradition du fantastique à travers le camp. Au lieu de respecter les hiérarchies du bon goût, Sharman les fait exploser. Il sait que le cinéma d'horreur a toujours entretenu une relation secrète avec le théâtre, le cabaret, la pose et la parade. The Rocky Horror Picture Show ne révèle pas seulement cette parenté. Il la célèbre à grand renfort de chansons, de corsets, d'éclairs et de désir performé. Le film est devenu culte pour des raisons évidentes, mais son importance ne se résume pas au rituel des projections de minuit. Il propose une autre politique des corps.

Sharman, formé par la scène, apporte au cinéma un sens très aigu du dispositif. Le décor n'a pas à dissimuler son artificialité. Au contraire, il gagne à l'afficher. Cette franchise théâtrale donne à ses films une qualité de rêve fabriqué qui convient parfaitement au genre. On n'entre pas dans un monde crédible au sens naturaliste. On entre dans une machine de transformation, où les identités, les genres et les postures sociales peuvent être démontés puis remontés autrement.

Dans le contexte de l'Australie et de ses circulations vers la Grande-Bretagne et le cinéma anglo-saxon, Jim Sharman occupe une place vraiment singulière. Il appartient à une modernité pop où la culture queer, la science-fiction de série B, le gothique de studio et la performance musicale se nourrissent mutuellement. Peu de cinéastes ont compris avec autant d'acuité que la monstruosité filmique peut devenir une esthétique du choix et non de la simple exclusion.

Il serait pourtant réducteur de ne voir chez lui qu'une célébration hédoniste. Son univers contient aussi une cruauté réelle, un goût du renversement brutal, une conscience que toute scène de libération reste exposée au ridicule, à la punition ou à la destruction. C'est ce qui donne au film sa vibration durable. Sous la fête, quelque chose menace toujours. Sous le jeu, une loi de violence peut reprendre ses droits. Le camp, chez Sharman, n'annule pas le danger. Il le recompose.

Inscrit dans les années 1970, son cinéma rappelle un moment où le genre savait encore se montrer impur au meilleur sens du terme, mélangeant sans complexes les traditions et les publics. Aujourd'hui encore, beaucoup de films se disent transgressifs tout en restant d'une sagesse visuelle accablante. Jim Sharman, lui, a vraiment mis le désordre à l'écran. Il a compris qu'une esthétique excessive pouvait produire à la fois du plaisir collectif, du scandale et une relecture profonde des mythologies populaires.

Sa place dans l'histoire du fantastique et de la comédie musicale est donc bien plus qu'anecdotique. Il a fait du château gothique une scène de révélation identitaire, du savant fou une diva, et du spectateur lui-même un participant. Peu de films de genre ont réussi à transformer aussi durablement la relation entre écran, corps et communauté.