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Jazmin Rojas Forero

Le nom Jazmin Rojas Forero porte une résonance latino-américaine qui déplace immédiatement l'horreur vers les territoires de la famille, du catholicisme populaire, des absents et des rites domestiques. La fiche de lot ne précise pas de pays, et il serait inutile d'en inventer un. Mais le nom ouvre une géographie sensible: celle d'un fantastique où la maison parle avant le monstre, où les mères, les grands-mères, les photos et les prières contiennent déjà une dramaturgie de la peur.

Le cinéma d'horreur latino et diasporique a souvent compris que le surnaturel n'est pas une rupture. Il est une continuité. Les morts restent près de la table. Les saints regardent depuis les murs. Les objets transmis portent des obligations. Les enfants héritent de phrases qu'ils ne comprennent pas encore. Dans cette constellation, Jazmin Rojas Forero apparaît dans CaSTV comme une signature liée à une horreur de transmission, même si son crédit reste unique.

Cette unicité n'est pas un obstacle. Elle correspond à la manière dont beaucoup de cinéastes de genre entrent dans le champ: par un objet bref, un film de festival, un geste qui saisit une inquiétude précise. Le court métrage est particulièrement apte à filmer les rites familiaux. Il n'a pas besoin de tout expliquer. Il peut commencer au milieu d'un repas, d'une veillée, d'une préparation, d'un geste de soin. Puis un détail se dérègle, et la scène révèle que la tradition n'était pas décorative. Elle était une règle.

Les Années 2020 ont rendu ces récits plus visibles. L'horreur contemporaine s'ouvre à des cinéastes qui travaillent depuis des héritages mixtes, des langues partagées, des mémoires migrantes. Cela change la texture du genre. Les objets ne sont plus seulement des accessoires inquiétants. Ils deviennent des archives affectives. Une bougie, une robe, une photo, une recette, une médaille, une chanson peuvent porter une force que le récit doit respecter avant de la transformer en menace.

Rojas Forero, par sa place dans le catalogue, invite à cette attention au détail culturel. Le danger, dans ce type de cinéma, serait de réduire le rite à une explication folklorique. La meilleure horreur fait l'inverse. Elle filme la croyance comme une évidence pour ceux qui la vivent, puis place le spectateur devant son opacité. Nous ne savons pas tout, et cette ignorance fait partie de la peur. Elle nous met à la place de l'intrus, de celui qui arrive après les règles.

Cette position rejoint une grande tradition du folk horror, mais déplacée hors de ses paysages britanniques les plus célèbres. Le folk horror ne se limite pas aux champs et aux villages d'Europe. Il existe partout où une communauté possède des coutumes assez fortes pour survivre au présent, partout où le collectif impose une mémoire que l'individu ne peut pas simplement refuser. Dans un intérieur latino-américain ou diasporique, le rite peut être aussi puissant qu'un cercle de pierres.

CaSTV conserve Jazmin Rojas Forero comme une entrée dans cette cartographie élargie. Son crédit unique ne demande pas une biographie gonflée, mais un regard précis sur ce qu'il rend possible: une peur du lien, de l'héritage, de la dette intime. Dans ce cinéma, le cauchemar ne vient pas toujours de l'extérieur. Il peut venir de ce qui nous a nourris, protégés, nommés. La famille devient alors un sanctuaire instable, et chaque geste de tendresse peut contenir une ancienne menace.