Jason Filiatrault
Jason Filiatrault, par son patronyme francophone et son seul crédit CaSTV, entre dans la base avec une proximité culturelle que le cinéma d'horreur sait rendre trouble. Le nom évoque immédiatement une circulation possible entre le Québec, la francophonie et les marges nord-américaines du genre. Même sans transformer cette indication en certitude biographique, elle donne un angle: la peur comme affaire de langue, de territoire, de voisinage.
L'horreur francophone d'Amérique n'a pas besoin de singer les modèles dominants pour exister. Elle a ses propres textures: l'hiver mental, les familles qui parlent trop peu, les maisons où les silences deviennent plus lourds que les meubles, les communautés qui savent très bien ce qu'elles taisent. Filiatrault se laisse approcher depuis cette sensibilité, où l'effroi ne vient pas seulement d'un corps menacé, mais d'une appartenance qui se retourne contre celui qui la porte.
Le lien avec le Québec doit être compris comme un horizon culturel plus que comme une étiquette fermée. Dans le cinéma de genre canadien, la peur a souvent pris la forme d'un climat: isolement, distance, gêne sociale, violence qui reste longtemps sous la neige symbolique avant d'éclater. Ce climat convient à une œuvre courte, parce qu'il peut être installé en peu de plans si le regard est juste.
Filiatrault peut aussi être rattaché au cinéma psychologique, lorsque l'horreur se construit à partir d'une faille intime. La psychologie, ici, ne sert pas à expliquer le monstre. Elle montre que le monstre a déjà une place préparée dans le sujet. Une peur ancienne, une humiliation, une culpabilité, un désir qu'on ne peut pas dire: tout cela peut devenir plus actif qu'une menace extérieure.
Dans les années 2010, l'horreur indépendante a beaucoup exploré ces espaces intermédiaires entre réalisme social et fantastique discret. Le genre y perd parfois ses grands signes pour gagner une densité plus fine. Un repas de famille peut valoir une séance d'exorcisme. Une route de banlieue peut avoir la solitude d'un bois maudit. Une conversation en apparence banale peut contenir tout le programme de la catastrophe.
Ce qui rend Filiatrault intéressant, c'est cette possibilité d'une peur vernaculaire. Le vernaculaire n'est pas le pittoresque. C'est la manière dont une langue, un accent, une façon de se tenir dans une pièce modifient la perception du danger. L'horreur devient plus forte quand elle cesse d'être interchangeable. Elle se met à sentir un endroit, une classe sociale, une température, une mémoire locale.
Jason Filiatrault trouve donc dans CaSTV une place discrète mais pertinente: celle d'un nom qui rappelle que le genre se nourrit de détails culturels précis. Un seul crédit peut suffire à faire apparaître une question essentielle. Comment filme-t-on la peur quand elle parle une langue proche, quand elle connaît les codes du voisinage, quand elle n'a pas besoin de venir de loin pour devenir étrangère? C'est dans cette familiarité déformée que l'horreur trouve souvent son accent le plus coupant.
