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Hugo de Sousa - director portrait

Hugo de Sousa

Les deux crédits de Hugo de Sousa au catalogue évoquent un cinéma de seuil lusophone, attaché à ces endroits où le réel se tient droit jusqu'au moment où un détail le fait basculer. Son nom porte déjà une indication culturelle, sans qu'il faille la transformer en certitude biographique totale: une proximité avec des imaginaires portugais ou brésiliens, avec des langues où la saudade, la famille, le catholicisme et la maison peuvent devenir des matières de hantise. De Sousa appartient à cette zone du genre où l'identité d'un film se fabrique moins par déclaration que par climat.

Il faut le lire dans le voisinage d'un cinéma d'horreur qui ne sépare jamais complètement le surnaturel de l'intime. Dans cette tradition, la peur n'est pas seulement une intrusion venue de l'extérieur. Elle est souvent une conséquence: d'une promesse brisée, d'un héritage tu, d'un deuil que personne n'a su traverser. Le fantôme, lorsqu'il arrive, n'invente pas la crise. Il la rend visible. Ce type d'horreur demande une mise en scène de l'attente, du détail domestique, de la parole retenue.

De Sousa semble appartenir à une économie resserrée, proche du court métrage ou du moins de récits conçus pour frapper sans s'étendre. Deux crédits ne permettent pas de bâtir un système critique définitif. Ils permettent cependant de repérer une manière de travailler dans la densité. Le format bref oblige à savoir où commence vraiment la scène. Il faut entrer quand le monde est déjà malade, quand les personnages ont déjà choisi de ne pas voir, quand l'espace ordinaire devient le témoin d'une faute.

Ce qui intéresse dans ce profil, c'est la possibilité d'un fantastique sans emphase. De Sousa n'a pas besoin d'un édifice gothique pour produire une inquiétude. Une cuisine, une chambre, une route de campagne, un couloir d'immeuble peuvent suffire, à condition que le cadre soit chargé d'une menace précise. L'horreur contemporaine gagne beaucoup lorsqu'elle cesse de chercher le grand symbole et se contente d'observer une situation jusqu'à ce qu'elle révèle sa part d'irrationnel.

Dans les années 2010 et les années 2020, ce type de cinéma circule avec une intensité nouvelle. Les petits corpus trouvent une place dans les festivals, les plateformes spécialisées, les programmations de courts et les catalogues qui refusent de réduire l'horreur à ses franchises les plus visibles. Un nom comme Hugo de Sousa existe dans cette circulation: non comme marque installée, mais comme point de contact avec une famille de récits plus large.

On peut aussi y voir un intérêt pour la mémoire. Les imaginaires lusophones du fantastique, lorsqu'ils se tournent vers l'horreur, aiment souvent les maisons pleines d'anciens pactes, les familles qui vivent avec ce qu'elles ne nomment pas, les paysages où le passé n'est pas derrière mais dessous. De Sousa se situe dans cette possibilité. Son cinéma, tel qu'il se laisse deviner par sa présence au catalogue, fait de la peur un problème d'héritage. Quelqu'un a reçu quelque chose qu'il ne voulait pas recevoir. Le film commence quand ce legs réclame un corps.

Cette modestie apparente est une force. Les auteurs à deux crédits peuvent parfois sembler incomplets aux yeux d'une histoire du cinéma obsédée par les filmographies longues. Pourtant, le genre a toujours été nourri par ces apparitions partielles. Elles ouvrent des pistes, expérimentent des tonalités, gardent vivant un rapport artisanal au malaise.

À CaSTV, Hugo de Sousa mérite donc une attention sans survente. Il n'est pas présenté comme un maître caché, mais comme une signature en tension, un nom qui rappelle que l'horreur se fabrique aussi dans les interstices de la production. Son intérêt tient à cette promesse: faire d'un espace familier un territoire suspect, et laisser au spectateur le soin de comprendre trop tard que la maison avait commencé à répondre.