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Hossein Keshavarz - director portrait

Hossein Keshavarz

Chez Hossein Keshavarz, la scène sociale n'est jamais stable assez longtemps pour devenir simple décor. Elle tremble, elle se réorganise, elle laisse affleurer des rapports de force qui contaminent immédiatement le récit. C'est cette façon de construire le malaise à partir des relations humaines plutôt qu'à partir d'un dispositif purement spectaculaire qui situe son travail dans une zone particulièrement intéressante des Années 2010 et des Années 2020.

Keshavarz semble comprendre que filmer une communauté, une famille ou un groupe ne consiste pas à additionner des caractères. Il faut capter les lignes invisibles qui les relient et les abîment : dettes symboliques, hiérarchies implicites, attentes morales, fatigue collective. Ses films paraissent souvent avancer dans cette matière instable, avec un sens aigu du point où la tension quotidienne devient inquiétude véritable. C'est là que son cinéma devient précieux. Il ne force pas le drame. Il le laisse apparaître comme la conséquence logique d'un ordre déjà fissuré.

On pourrait le ranger du côté d'un fantastique social au sens large, même lorsque l'élément surnaturel n'est pas central. Non parce qu'il chercherait à illustrer une thèse politique en empruntant les codes du genre, mais parce qu'il sait que le réel collectif produit déjà ses propres spectres. Il y a dans ses films quelque chose d'obsédant dans la manière dont les règles communes continuent de fonctionner alors même qu'elles cessent d'être crédibles. Le monde n'explose pas. Il se dérègle de l'intérieur.

Sa mise en scène paraît d'ailleurs guidée par une belle intelligence de l'opacité. Keshavarz ne livre pas tout, et c'est heureux. Les comportements gardent leur part d'ambivalence. Les espaces ne sont jamais totalement cartographiés. Le hors-champ moral compte autant que le hors-champ visuel. Cette retenue crée une forme de participation active du spectateur. Regarder devient une manière d'enquêter, de mesurer ce qui manque, de sentir ce qui pèse sans se montrer.

Il y a aussi chez lui une attention fine au temps. Les scènes durent assez pour laisser apparaître des micro-variations de pouvoir ou de vulnérabilité. Un silence n'est pas un simple vide. Il devient un fait. Une pause dans la conversation peut avoir plus de poids qu'une révélation. C'est une qualité que l'on retrouve souvent dans les cinémas les plus rigoureux : la confiance dans le fait que l'intensité n'a pas besoin d'être surlignée.

Ses films pourraient circuler avec justesse dans des contextes comme Rotterdam ou Locarno, là où l'on sait encore accueillir des œuvres qui déplacent les frontières entre drame, observation et trouble. Ce n'est pas un cinéma qui se résume à son sujet. C'est un cinéma qui transforme toute situation en champ de pression.

Voir Hossein Keshavarz, c'est rencontrer une œuvre attentive aux formes discrètes de la menace. Elle ne promet pas l'explosion. Elle montre mieux : la manière dont une société fabrique, à même ses habitudes, les conditions d'une peur durable. Ses films regardent longtemps, et ce regard finit par altérer ce qu'il touche.