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Holly Rhiannon - director portrait

Holly Rhiannon

 Québec

Chez Holly Rhiannon, le Québec n'apparaît pas comme simple toile de fond, mais comme climat affectif, social et linguistique, c'est à dire comme matière vive du film. Cette inscription locale compte immédiatement. Elle donne à son travail une rugosité et une précision qu'on ne confond pas avec un régionalisme décoratif. Rhiannon filme des corps pris dans des frictions concrètes, des espaces qui ne se laissent pas neutraliser, des rapports humains où la proximité ne garantit jamais le refuge.

Ce qui rend son cinéma précieux, c'est sa manière d'accepter l'impureté des formes. Le réalisme y côtoie le trouble. L'intime y rencontre la menace. Une scène peut rester très quotidienne tout en laissant monter une sensation d'instabilité plus profonde. Cette circulation fait de son travail un point de passage stimulant entre Drame et Thriller, avec parfois une tension de Fantastique lorsque le réel semble perdre de sa netteté habituelle.

Dans le contexte du Québec, cette approche a une vraie importance. Le cinéma québécois contemporain a souvent excellé dans l'observation des affects, des familles, des communautés blessées ou des jeunesses en dérive. Rhiannon s'inscrit dans cette vitalité, mais en lui injectant une vigilance particulière à la peur diffuse. Elle comprend que l'angoisse moderne n'est pas forcément spectaculaire. Elle s'accroche aux murs, aux habitudes, aux non dits, au sentiment qu'une relation ou un lieu peut devenir hostile sans changer d'apparence.

Cette intelligence du basculement passe aussi par la direction d'acteurs. Les personnages de Rhiannon semblent toujours au bord de quelque chose qu'ils ne savent pas encore formuler. Ils hésitent, contournent, attaquent parfois, se ferment souvent. La mise en scène recueille ces mouvements sans les écraser sous un discours. C'est une qualité décisive. Elle permet au film de rester ouvert, de ne pas réduire la complexité affective à une seule clé psychologique. Le malaise gagne alors en épaisseur.

Les lieux jouent, eux aussi, un rôle fondamental. Intérieurs modestes, quartiers, routes, zones de passage: tout paraît chargé d'une mémoire d'usage, d'une histoire sociale, d'une fatigue du présent. Rhiannon ne filme pas l'espace pour le pittoresque. Elle le filme pour ce qu'il impose aux corps. Dans cette perspective, son œuvre parle naturellement au Horreur entendu comme art de l'environnement, art de la contamination lente d'un quotidien.

Cette sensibilité s'accorde parfaitement avec les Années 2020, où une partie du cinéma de genre revient à des formes plus relationnelles, moins dépendantes de la démonstration. Chez Rhiannon, la peur a souvent la forme d'une conscience accrue: comprendre que ce qui nous entoure, ce qui nous a construits, ce qui nous parle dans notre propre langue peut devenir source de fracture. C'est une intuition forte, et profondément contemporaine.

Pour CaSTV, Holly Rhiannon mérite donc d'être suivie comme une voix locale au sens le plus exigeant du terme. Locale, non parce qu'elle se refermerait sur un territoire, mais parce qu'elle sait à quel point un territoire modèle les affects, les silences et les violences. Dans un catalogue attentif aux trajectoires de Festival et aux recompositions du cinéma québécois, son nom désigne une cinéaste capable de faire émerger le trouble du tissu même du quotidien. Et c'est souvent là que commence la vraie peur.

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