Guy Ritchie
Quand Lock, Stock and Two Smoking Barrels surgit à la fin des Années 1990, Guy Ritchie donne au film criminel britannique une injection de vitesse verbale, de montage nerveux et de théâtralité cockney qui redéfinit instantanément une certaine idée du cool anglais. Le geste paraît simple, presque publicitaire au premier regard, mais il capte quelque chose d'extrêmement précis: le moment où le cinéma de gangsters devient aussi un art du slogan, de la pose et de la circulation accélérée entre dette, humiliation et chance grotesque.
Ritchie travaille depuis le Royaume-Uni, mais son cinéma met moins en scène une nation qu'un folklore urbain stylisé. Les pubs, les petites frappes, les combines, les surnoms, les règlements de comptes absurdes, tout cela compose un Londres parallèle où la criminalité ressemble à une comédie de mœurs dopée à l'adrénaline. Ce n'est pas le réalisme qui l'intéresse, même quand il emprunte des textures de rue. Ce qu'il cherche, c'est un régime de récit où la parole, le montage et le retournement de situation deviennent eux-mêmes des performances.
Snatch reste peut-être son film le plus limpide à cet égard. Les trajectoires multiples, les paris ratés, le diamant comme moteur ridicule de toutes les ambitions, les personnages définis par leur débit et leur tempo plutôt que par une intériorité psychologique complexe: tout y fonctionne comme une chorégraphie de collision. Ritchie comprend très bien la puissance du timing, du retard, de l'information qui arrive trop tôt ou trop tard. Il compose le chaos avec une précision de mécanicien.
Cette précision, pourtant, a souvent suscité un malentendu critique. On a parfois réduit son oeuvre à un exercice de style, comme si la virtuosité annulait toute vision. Ce jugement manque quelque chose. Le cinéma de Ritchie ne propose peut-être pas une grande méditation sur la société britannique, mais il sait très bien observer la comédie féroce des rapports de domination masculins. Ses personnages passent leur temps à parler de contrôle, de respect, de compétence, alors même que leurs plans s'effondrent sans cesse. Sous l'assurance sonore, il y a une immense panique de statut.
Même lorsqu'il s'écarte du pur Crime, cette logique persiste. Sa manière d'aborder le blockbuster, de Sherlock Holmes à The Man from U.N.C.L.E., consiste toujours à transformer l'action en démonstration de rythme. Ritchie ne filme pas seulement des coups ou des poursuites, il filme des dispositifs de maîtrise intellectuelle, des personnages qui veulent paraître plus rapides que le monde. Le plaisir vient de cette vitesse fabriquée, de cette sensation que l'élégance n'est jamais loin du ridicule.
Il faut aussi reconnaître ce que son cinéma a apporté à toute une vague de récits criminels britanniques et internationaux. Sans Ritchie, une part du polar pop des deux dernières décennies n'aurait pas eu la même diction. Sa manière de combiner musique, voix off, split narratives, argot et brutalité a fourni un modèle immédiatement imitable, donc immédiatement dangereux. Beaucoup ont repris les tics. Peu ont retrouvé la légèreté de sa construction, ce point délicat où le maniérisme reste tenu par une vraie science de la circulation.
Bien sûr, tout n'est pas égal dans sa filmographie. Il y a des répétitions, des replis sur la marque, des moments où le style semble se citer lui-même. Mais même dans ces cas, Ritchie garde un sens presque musical du montage et de la scène d'exposition. Il sait présenter un personnage comme un petit numéro de théâtre, faire exister une hiérarchie de milieu en quelques répliques, donner à un objet banal la fonction d'une bombe narrative.
Guy Ritchie reste ainsi un cinéaste du récit comme combine. Son univers tient moins à la profondeur psychologique qu'à l'énergie de l'agencement, à la joie méchante de voir des plans se tordre, des vanités se ridiculiser, des filières de pouvoir se croiser dans un vacarme d'ego. Ce n'est pas peu. Dans un cinéma d'action souvent aplati par le sérieux ou l'anonymat visuel, cette théâtralité bagarreuse conserve une vraie signature.
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