Gary King
Avec Death Row Game Show, Gary King entre dans le cinéma de genre par la porte la plus agressive et la plus lucide : celle de la satire télévisuelle poussée jusqu'au grotesque meurtrier. Rien d'élégant ni de feutré ici. Tout est criard, outrancier, empoisonné par la logique du spectacle et de la punition publique. Ce point de départ définit admirablement son territoire. King comprend que l'horreur américaine peut être une affaire de mauvais goût volontaire, de vitesse, d'énergie trash, mais aussi de diagnostic social féroce. Il appartient à cette tradition des États-Unis où l'exploitation ne s'oppose pas à la critique, elle l'aiguise.
Son cinéma travaille souvent les marges entre le pulp, la comédie noire et le genre. Cette position hybride lui convient parfaitement. Elle lui permet d'attaquer les mécanismes du divertissement de masse sans perdre le plaisir de la série B. Chez lui, le dispositif médiatique n'est jamais innocent. Émission, compétition, célébrité de pacotille, mise à mort ou humiliation filmée deviennent les formes modernes d'un vieux désir de spectacle punitif. En cela, King touche quelque chose de profondément américain, presque carnavalesque dans sa vulgarité, mais aussi terriblement clair sur la brutalité cachée sous le fun.
Il faut prendre au sérieux son goût pour l'excès. L'excès, chez King, n'est pas une incapacité à doser. C'est une stratégie esthétique. Il pousse les couleurs, les performances, les situations et les dialogues vers une saturation qui force le spectateur à voir la logique du système. Le monde qu'il filme n'est pas simplement absurde. Il est déjà obscène, et cette obscénité mérite une forme à sa mesure. Cette énergie le rattache à certaines grandes heures du cinéma de minuit des années 1980 et de leurs prolongements tardifs.
Sous la surface délirante, on trouve pourtant une intuition assez sombre. King ne croit pas beaucoup à l'innocence du public. Les foules, les téléspectateurs, les consommateurs de sensation participent pleinement au dispositif qu'ils prétendent subir. Cette méfiance vis-à-vis du spectateur interne au récit donne à ses films une dureté bienvenue. Il ne distribue pas facilement les bonnes consciences. Tout le monde semble contaminé par l'appétit de voir plus, plus vite, plus violemment.
Sa mise en scène privilégie l'impact direct. Il n'est pas cinéaste du non-dit, mais du coup porté à découvert. Cette frontalité peut paraître primitive si on la regarde avec de mauvais outils critiques. Elle est en réalité très cohérente avec son sujet. Quand le monde est devenu émission de torture déguisée en amusement, pourquoi le film adopterait-il une politesse de salon ? King filme l'Amérique comme une foire électrique qui aurait perdu tout frein moral. Le grotesque n'y adoucit rien. Il révèle au contraire la normalité du sadisme.
C'est ce qui rend son travail précieux dans une histoire du cinéma d'horreur souvent trop vite hiérarchisée. Gary King rappelle qu'une série B sale, drôle et fauchée peut contenir une vision du monde aussi incisive que bien des œuvres plus prestigieuses. Le rire qu'il provoque n'est jamais très confortable. Il sent la sueur des plateaux, la fascination du public, l'usure des corps transformés en marchandise.
Gary King occupe donc une place claire : celle d'un cinéaste pour qui l'exploitation n'est pas un sous-genre honteux, mais une langue capable de décrire la cruauté spectaculaire de son époque. Il filme la télévision comme un abattoir joyeux, la célébrité comme une peine et le divertissement comme un pacte collectif avec l'humiliation. Peu de programmes sont aussi francs.
