Dennis Dugan
Problem Child concentre assez bien la logique de Dennis Dugan : pousser une prémisse comique jusqu'à un degré d'agression qui oblige le film familial à révéler sa part de cruauté. On a trop souvent réduit Dugan à un exécutant de comédies lourdes, notamment dans son compagnonnage avec les grandes machines populaires des Années 1990 et des années suivantes. Or cette réduction manque l'essentiel : il comprend très bien la brutalité cachée sous les formes supposément légères du divertissement américain.
Dugan travaille aux États-Unis, dans un cinéma où la comédie grand public a longtemps servi de laboratoire aux normes sociales. Qu'est-ce qu'une famille acceptable ? À quoi ressemble un homme tolérable ? Quelle dose de vulgarité une société supporte-t-elle avant de la reconvertir en humour ? Ses films n'analysent pas ces questions théoriquement, bien sûr, mais ils les mettent constamment en jeu. Ils testent les limites du spectateur moyen.
Il faut prendre au sérieux cette mécanique. Dugan sait organiser un comique d'insistance, parfois même de matraquage, qui use le bon sens jusqu'à produire un effet révélateur. Ses personnages sont souvent puérils, narcissiques, inconséquents, et c'est précisément à travers eux qu'apparaît le fond régressif d'une certaine culture populaire masculine. La mise en scène ne sublime rien. Elle accélère, expose, met en circulation des comportements que le film prétend parfois corriger tout en les exploitant largement.
Dans le Genre comedy, cette ambivalence est précieuse. Elle explique pourquoi certains de ses films, jugés trop grossiers ou trop évidents, méritent malgré tout d'être relus. Ils montrent une Amérique qui rit de sa propre immaturité parce qu'elle y reconnaît une énergie, voire un droit. Dugan filme ce pacte avec une franchise industrielle remarquable.
Son cinéma n'a rien d'aristocratique. Il cherche l'efficacité, la star, le duo, la situation qui percute vite. Mais dans cette recherche, il documente aussi l'évolution du goût majoritaire, le passage d'une comédie encore narrative à une logique plus proche du sketch élargi, de la persona comique répétée à travers des dispositifs différents. C'est historiquement loin d'être négligeable.
On peut bien sûr lui reprocher une certaine lourdeur, parfois une complaisance dans le mauvais réflexe ou la sentimentalité réparatrice. Ces limites existent. Elles n'annulent pas le fait qu'il possède un vrai sens du tempo populaire et de la lisibilité immédiate. Il sait comment faire tenir un film autour d'une présence comique centrale, comment ménager des pics d'hostilité ou de gêne, comment reconduire ensuite le spectateur vers une forme d'acceptation.
Dennis Dugan compte parce qu'il appartient à cette catégorie de cinéastes que la distinction culturelle regarde de haut alors qu'ils disent beaucoup sur le public auquel ils s'adressent. Son oeuvre n'offre pas la finesse du grand styliste, mais elle met au jour une vérité moins noble et souvent plus utile : la comédie populaire fonctionne aussi comme baromètre moral. Chez Dugan, ce baromètre penche volontiers vers la régression. C'est justement pour cela qu'il mérite d'être lu, et non simplement écarté.
