Dayan D. Oualid
Avec Dayan D. Oualid, l'entrée la plus juste n'est ni géographique ni institutionnelle, puisque le contexte fourni refuse justement ce confort. Il faut partir d'une sensation d'étrangeté construite à même le format court du corpus : deux titres, et déjà l'impression d'un cinéma qui ne veut pas se présenter comme une identité stable mais comme une zone de friction. Ce geste, qu'on peut loger sans peine dans les Années 2020, travaille un trouble très contemporain : la perte de repères non comme thème proclamé, mais comme condition même du regard.
Ce qui attire d'abord, c'est la manière dont Dayan D. Oualid semble traiter l'image comme un espace d'hésitation. Le cadre n'est pas simplement là pour montrer une action, il sert à mesurer ce qui résiste à la nomination. Dans beaucoup d'objets de genre, l'ambiguïté fonctionne comme une promesse de résolution future. Ici, elle paraît constitutive. On n'attend pas qu'un secret soit dévoilé. On accepte peu à peu qu'une part du film ne sera jamais rabattue sur une explication unique. Cette tenue de l'incertain rapproche le travail d'une Horreur plus ontologique que narrative.
Cette orientation change la nature de la peur. Au lieu d'une menace clairement identifiée, Dayan D. Oualid privilégie la contamination. Une tension passe d'un visage à un décor, d'un silence à un mouvement, d'un temps mort à une brusque intensification. Il y a là une belle compréhension des mécanismes profonds du fantastique : le monde ne devient inquiétant ni par surcharge, ni par rupture spectaculaire, mais parce qu'il cesse de garantir sa lisibilité. Le réel paraît continuer, seulement sur un mode devenu légèrement hostile, ou du moins indifférent à notre besoin de cohérence.
La force de ce cinéma tient aussi à son refus du remplissage psychologique. Les personnages ne sont pas réduits à des fonctions, mais ils ne sont pas non plus surexpliqués. Le film leur laisse une opacité, et cette opacité n'est pas un défaut d'écriture. Elle est la condition d'un rapport juste au mystère. Dayan D. Oualid comprend que les êtres les plus troublants à l'écran sont souvent ceux qui gardent en eux quelque chose d'intraduisible. Le spectateur ne possède pas leurs clefs. Il ne peut que les suivre dans des situations où la peur devient une manière de sentir plus fort.
Formellement, cela suppose un vrai sens du rythme. Trop d'œuvres récentes assimilent la tension à l'accélération. Dayan D. Oualid paraît préférer les paliers, les retenues, les moments où l'énergie se concentre au lieu d'exploser immédiatement. Cette patience a une conséquence décisive : elle rend l'irruption plus grave lorsqu'elle survient. Le cinéma cesse d'être un distributeur de secousses pour redevenir un art de l'attente organisée. On regarde alors autrement. On guette moins l'événement que la modification d'un état, l'instant où le plan commence à produire un inconfort sans avoir encore donné sa raison.
Il faut enfin souligner ce que cette œuvre apporte à un catalogue comme celui de CaSTV. Dans l'écosystème actuel, saturé de films qui annoncent d'emblée leur programme esthétique, la présence de Dayan D. Oualid rappelle qu'il existe une autre voie : celle d'un cinéma de genre qui préserve sa part de secret jusque dans sa signature. Cela n'a rien d'un flou marketing. C'est au contraire une position exigeante. Le film ne vous prend pas par la main. Il vous demande de rester dans l'inconfort, de traverser l'incertain sans réduction.
Deux titres suffisent alors pour imposer une attitude. Dayan D. Oualid filme comme si l'horreur ne devait jamais être un simple mécanisme, mais une expérience de désorientation active. C'est une proposition modeste en surface, presque discrète, mais qui travaille longtemps après coup. On se souvient moins d'un effet isolé que d'une manière de faire vaciller le monde autour de lui. Et c'est précisément ce que l'on attend des signatures qui comptent vraiment dans le genre : non pas seulement provoquer la peur, mais altérer la façon dont le visible se laisse croire.
