Conor McNally
Le meilleur point d'entrée chez Conor McNally, c'est cette nervosité de mise en scène qui refuse de laisser l'image se reposer trop longtemps dans son état initial. Quelque chose se décale presque tout de suite : un ton, un espace, une réaction, une source de menace mal identifiée. Ce n'est pas un cinéma qui adore l'exposition. C'est un cinéma qui aime les glissements rapides, les zones de friction, les récits où l'on comprend en avançant que le cadre lui-même n'était pas digne de confiance. Dans la grande famille de l'horreur, McNally paraît appartenir à ceux qui préfèrent l'instabilité à la démonstration.
Cette préférence se sent dans la façon dont il traite la narration. Là où d'autres réalisateurs bâtissent un monde, une mythologie, une architecture très commentée du mal, McNally travaille davantage par impulsions. Le récit ne s'élargit pas forcément, il se resserre. Une donnée nouvelle ne sert pas toujours à clarifier, elle sert souvent à rendre la situation plus difficile à habiter. C'est une qualité précieuse, parce qu'elle refuse la pédagogie excessive qui plombe tant de films de genre récents. McNally semble comprendre qu'un spectateur peut être tenu par une logique de sensation tout aussi sûrement que par une logique d'information.
Il y a aussi, dans son travail, un vrai goût pour les lieux comme dispositifs d'épreuve. Les espaces ne sont jamais purement fonctionnels. Ils testent les personnages. Ils les obligent à revoir leurs distances, à modifier leur manière d'écouter, parfois à reconnaître qu'ils n'ont jamais vraiment maîtrisé leur environnement. Cette dramaturgie du lieu inscrit son cinéma dans une lignée très contemporaine, proche des années 2020, où l'horreur s'attache moins à l'ailleurs qu'à la corrosion des espaces de proximité. Le familier devient impraticable. C'est souvent là que le genre devient le plus cruel.
McNally sait également obtenir beaucoup de ses interprètes, ou du moins de leur simple présence dans le cadre. Il ne filme pas des figures héroïques venues vaincre une force extérieure. Il filme des gens qui essayent d'encaisser une situation qui les dépasse de quelques degrés, ce qui est bien plus intéressant. L'effroi, chez lui, ne tient pas seulement à ce qui menace, mais à la vitesse avec laquelle les mécanismes ordinaires de défense s'usent. On voit les personnages réfléchir, minimiser, se tromper, persister un peu trop longtemps dans un comportement devenu inadéquat. Cette progression a une justesse humaine qui donne du relief au film.
Sur le plan visuel, sa méthode évite souvent la surcharge. Pas besoin d'assommer le spectateur avec une stylisation grandiloquente pour fabriquer de l'angoisse. Il suffit parfois d'une lumière mal placée, d'une profondeur de champ qui garde quelque chose en réserve, d'un raccord qui semble arriver une demi-seconde trop tôt ou trop tard. McNally paraît sensible à ces microdérèglements. Ils construisent un rapport inquiet à l'image sans transformer le film en exercice d'école. On reste dans le récit, mais un récit dont chaque élément a été légèrement dévissé.
Deux crédits au catalogue, ce n'est pas une carrière cartographiée. C'est en revanche assez pour distinguer une approche. Conor McNally travaille le genre comme une mécanique de déplacement : déplacer la confiance, déplacer la stabilité, déplacer la lecture première d'une situation jusqu'à ce qu'elle devienne nocive. Cette intelligence du pas de côté vaut déjà plus qu'un grand nombre de concepts tapageurs. Si son parcours se poursuit dans cette direction, on pourra compter sur lui pour rappeler qu'un film d'horreur n'a pas besoin d'énormément d'ornements. Il lui faut surtout une scène, un espace, un seuil bien choisi, et le courage de laisser ce seuil se refermer derrière nous.
