Arsalan Motavali
Avec Arsalan Motavali, le catalogue CaSTV retient une signature isolée, sans pays assigné, comme si la fiche elle-même commençait par un hors champ. Cette absence de balise nationale n'est pas un vide à combler par réflexe. Elle peut devenir une manière juste d'entrer dans l'œuvre: par ce que l'on ne sait pas encore, par le territoire flottant où le cinéma de genre a toujours su faire circuler ses formes les plus nerveuses.
Un unique crédit impose une lecture précise. Il ne faut pas prétendre y trouver tout un système, mais il serait tout aussi paresseux de n'y voir qu'une note administrative. Dans le cinéma d'horreur, les apparitions brèves comptent. Une courte filmographie peut contenir un rapport au cadre, au silence, au corps menacé, à la lumière basse. Elle peut indiquer une façon de considérer la peur non comme décor, mais comme événement moral.
Motavali appartient à cette constellation de noms qui rappellent que l'horreur ne se développe pas seulement dans les grandes industries identifiées. Elle traverse les diasporas, les écoles, les collectifs, les circuits de courts métrages, les programmes de festivals. Elle se construit avec peu, souvent loin des budgets capables de tout expliquer par l'effet. Dans cette économie, le court métrage devient un laboratoire essentiel: pas une version réduite du long, mais une forme à part entière, capable de frapper par condensation.
Ce cinéma de condensation exige une discipline particulière. Il faut installer un monde avant que le temps ne se referme. Il faut donner au spectateur assez d'indices pour sentir qu'une histoire plus vaste existe derrière les bords de l'image. L'horreur y gagne une force sèche. Elle n'a pas besoin d'expliquer l'origine du mal, seulement de montrer le moment où il devient impossible de l'ignorer.
La présence d'Arsalan Motavali dans une base montréalaise bilingue comme CaSTV dit aussi quelque chose de la manière dont la cinéphilie de genre travaille aujourd'hui. Elle ne se contente plus d'attendre que les noms soient sanctifiés par les circuits dominants. Elle archive les traces, les signaux faibles, les œuvres qui arrivent par des chemins obliques. Cette patience est nécessaire. Sans elle, l'histoire du genre se réduit à quelques pays, quelques décennies, quelques signatures répétées jusqu'à l'épuisement.
Le lien avec les années 2020 est ici moins chronologique que sensible. L'époque a déplacé la peur vers des espaces fragmentaires: écrans, chambres, marges urbaines, récits de migration, inquiétudes intimes, violences diffuses. Même quand le surnaturel intervient, il ne vient pas toujours d'un folklore clairement nommé. Il peut naître d'une perception instable, d'un environnement qui cesse d'être fiable, d'un visage qui ne correspond plus à son propre rôle.
Motavali invite à cette lecture ouverte. Son nom, dans le catalogue, fonctionne comme une porte étroite. On ne la franchit pas pour trouver une biographie complète, mais pour accepter un régime d'attention. Qui parle? D'où vient l'image? Quelle peur choisit-elle de montrer, et quelle peur garde-t-elle volontairement à distance? Ces questions comptent davantage qu'une fausse certitude.
Le fantastique a toujours vécu de ces zones indécidables. Il commence là où une explication ne suffit plus, mais où l'inexplicable n'a pas encore reçu de forme stable. Arsalan Motavali, par son unique crédit, prend place dans cette marge productive. CaSTV conserve ce type de trace parce que l'horreur a besoin de mémoire, mais aussi de disponibilité. Il faut laisser de la place aux noms qui ne sont pas encore des monuments. C'est souvent là que le genre retrouve son tranchant.
