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Amber Fares - director portrait

Amber Fares

Avec Speed Sisters, Amber Fares trouvait un sujet que beaucoup auraient traité comme une simple histoire d'inspiration. Elle fait autre chose. Elle comprend que filmer un groupe de femmes pilotes en Palestine revient aussi à filmer un système de circulation, de visibilité et de contrainte. Le documentaire ne s'organise donc pas seulement autour de personnalités attachantes. Il explore les conditions matérielles, politiques et symboliques qui rendent ces trajectoires à la fois possibles et précaires. Cette intelligence du contexte est au cœur de son travail.

Fares possède un sens très sûr de la présence. Elle sait capter l'énergie, l'humour, l'entêtement de ses personnages sans les transformer en emblèmes lisses. Cette qualité est essentielle. Trop de documentaires "engagés" réduisent leurs sujets à la fonction qu'ils remplissent dans une argumentation. Chez Fares, les personnes filmées gardent leur épaisseur, leur ironie, leurs contradictions, parfois même leur fatigue face au regard extérieur. Le film devient alors un espace de cohabitation plutôt qu'un simple support de message.

Cette approche la situe dans le meilleur du documentaire contemporain, particulièrement celui des années 2010 qui refuse l'alternative entre immersion affective et lecture politique. Fares tient ensemble les deux dimensions. Le plaisir de suivre ses personnages n'annule jamais la perception des structures qui les entourent. Au contraire, il la rend plus vive. On ressent mieux la pression d'un monde quand ceux qui y vivent existent pleinement à l'écran.

Il faut également noter son rapport au mouvement. Dans Speed Sisters, la voiture, la course, la vitesse ne relèvent pas du simple motif spectaculaire. Ils deviennent des formes de liberté négociée, surveillée, parfois entravée. Le déplacement physique reflète une négociation plus large avec les normes, les frontières, les attentes sociales. Fares comprend très bien cette articulation entre geste concret et horizon symbolique. Son cinéma reste ainsi lisible tout en demeurant chargé d'implications.

Inscrite dans une perspective diasporique, Fares apporte aussi une grande finesse au traitement des images du Proche-Orient. Elle évite aussi bien la simplification héroïsante que le misérabilisme international. Cette retenue donne à son travail une tenue morale importante. Le regard n'écrase pas les sujets qu'il prétend défendre. Il leur laisse de l'air, de la vitesse, du temps. Cela peut paraître simple. C'est en réalité une conquête formelle.

Ses films trouvent naturellement leur place dans des espaces comme Hot Docs ou Sundance, où le documentaire est encore pensé comme une forme vivante capable de dialogue public. Fares y apparaît comme une cinéaste qui sait rendre la complexité immédiatement sensible, sans l'aplatir pour autant.

Amber Fares mérite ainsi une attention soutenue. Son cinéma rappelle que la résistance ne se filme pas seulement dans les grands discours ou les images de confrontation frontale. Elle se loge aussi dans la mobilité, dans le style, dans l'obstination de vivre plus largement que les cadres prévus. Cette compréhension du mouvement comme enjeu politique donne à ses films une belle nervosité et une vraie justesse.