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Steven Kostanski - director portrait

Steven Kostanski

The Void suffit à montrer que Steven Kostanski vient d'une passion du monstre qui n'a jamais renoncé au plaisir concret des effets physiques. Le film avance comme un cauchemar de couloirs, de chair ouverte et de cosmologie occulte, avec cette conviction de plus en plus rare que l'horreur doit encore pouvoir se toucher. Kostanski, qu'on associe aussi à Astron-6, appartient à cette génération de créateurs canadiens qui ont recyclé l'héritage de la vidéo, du gore artisanal et de la série B en le traversant d'une vraie intelligence de cinéphile. Chez lui, le pastiche n'est jamais tout à fait le sujet. Le sujet, c'est ce que le cinéma de genre peut encore produire comme matière, comme exubérance et comme dégoût jubilatoire.

Dans le contexte du Canada et plus largement du renouveau horrifique nord-américain, il occupe une place précieuse parce qu'il défend l'usage des prothèses, des maquillages, des créatures construites, de toutes ces matérialités que l'imagerie numérique a souvent reléguées au rang de nostalgie. Pourtant, Kostanski ne travaille pas comme un conservateur. Ses films ne disent pas que "c'était mieux avant". Ils disent plutôt qu'une forme de peur et de plaisir visuel dépend encore de la résistance physique des corps et des objets dans le cadre. Psycho Goreman le prouve avec éclat en transformant cette fidélité aux effets en feu d'artifice de science-fiction grotesque et familialement pervers.

Il faut beaucoup de précision pour réussir un film comme Psycho Goreman. Sous son apparence de délire référentiel, il repose sur un ton très délicat, entre l'idiotie cosmique, la cruauté enfantine et l'hommage à la culture VHS. Kostanski y montre qu'il sait autant fabriquer des images monstrueuses que régler une comédie de comportements. Le film rit avec ses influences, mais il ne se contente pas de les citer. Il remet en circulation une énergie de jeu et d'invention que l'on associe aux années 1980 sans toujours en retrouver la densité matérielle.

Avec The Void, l'horizon est différent. Le film s'inscrit plus clairement dans la lignée du cosmic horror, de Carpenter, de l'horreur hospitalière et des sectes encapuchonnées. Là encore, le danger serait de n'y voir qu'une lettre d'amour aux maîtres. Or ce qui compte, c'est la façon dont Kostanski comprime ces influences dans un film sec, physique, peu soucieux d'élégance psychologique. L'épouvante y a la brutalité d'une poussée organique. Le monde ne se révèle pas progressivement étrange. Il éclate d'un coup en formes incompatibles avec la raison.

Kostanski est aussi un technicien au sens noble. Son parcours dans les effets spéciaux nourrit sa mise en scène de l'intérieur. Il sait ce qu'une créature demande comme lumière, comme angle, comme durée de plan pour exister pleinement. Cette connaissance donne à ses films une confiance particulière. Ils ne trichent pas sur ce qui fait leur attraction. Ils montrent. Ils exposent la bête, la blessure, la texture. Dans un cinéma contemporain souvent tenté par la suggestion numérique paresseuse, cette franchise a presque valeur de manifeste.

Dans les années 2010 et années 2020, Steven Kostanski a ainsi incarné une voie possible pour l'horreur et la science-fiction indépendantes : celle d'un artisanat savant, volontiers excessif, capable d'être à la fois référencé et très vivant. Ses films savent d'où ils viennent, mais ils ne parlent pas depuis un tombeau. Ils veulent encore amuser, contaminer, faire grimacer, émerveiller par le mauvais goût poussé jusqu'à l'art.

Le résultat est un cinéma de fan, au meilleur sens du mot : passionné, compétent, gourmand, assez audacieux pour croire qu'un monstre en latex bien filmé peut encore contenir plus de vérité sensorielle qu'un univers entier généré par ordinateur. Kostanski rappelle que le genre ne survit pas seulement par ses idées, mais par sa capacité à fabriquer des visions matérielles que l'on n'oublie pas.